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wegert & sadocco  
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Salon # 9, 25 octobre 2008
Installation :
ERRANCES d’Ingrid Guerrier                          fotos

Participants : Ingrid Guerrier, Eric Nunes, Frédérique Burger, Jean Marie Burger, Eric Beets, Viktor Baltus, Kai Bras, Serge Sadocco et Wilma Wegert

Samedi 25 octobre a eu lieu le vernissage de l’exposition ERRANCES d’Ingrid GUERRIER, première artiste française dans le laboratorium. Ingrid est enceinte et les longs voyages lui étant déconseillés, nous avons décidé de profiter de sa présence et d’enchaîner le salon le soir même. Neuf personnes se sont donc retrouvées autour d’une table : quatre néerlandais et cinq français, pour une fois majoritaire! La sympathique discussion a jonglé avec le français, le néerlandais et l’anglais!
Immédiatement, Ingrid rappelle qu’elle a toujours été fascinée par la peau, cette enveloppe fragile, cette frontière entre extérieur et intérieur, par les sensations qui naîssent de la découverte intime de la peau de l’autre : visuelles, tactiles, olfactives. Pendant ses études artistiques, elle a commencé à projeter ses photos de fragments de peau sur des draps, puis sur les murs de son appartement. Toujours In Situ. Enfin, elle a envahi l’espace de vieilles maisons inhabitées où ses projections prennent alors une autre dimension. Elles révélent les traces, les mémoires contenues, elles les habillent, elles se mêlent à elles et leur donnent une apparence organique géante, inquiétante, menacante.
Eric Beets fait remarquer que ces projections étranges, immatérielles et leur impression sur ces grandes bâches suscitent paradoxalement pour une photo, la sensation du toucher. On sent la peau, sa texture, elle est là, douce, rugueuse, vivante.
Cette peau inconnue fait naître chez Kai une angoisse, une menace et il se demande si ces sentiments ne seraient pas plus forts encore lorsqu’on se retrouve au coeur de la projection? Littéralement cernée par elle! Ce lambeau de peau, démesuré, inconnu, imprécis, placé là précisément et ce point de vue de corps à corps si proche, trop proche, donnent ce sentiment d’une géante inhumanité. Pendant les projections, Ingrid ressent la même chose et pourtant elle connait l’origine de la peau. Viktor voudrait savoir si Ingrid prépare les murs avant les projections et Eric Beets s’interroge sur les taches noires qui apparaissent? Ingrid ne fait pas de mise en scène, tout reste tel quel. La peau photographiée est jeune et c’est le mur qui agit sur la peau. Un dialogue s’établit, un dialogue intérieur par lequel la laideur vient aussi se montrer! Eric Beets fait remarquer que depuis Baudelaire et “les Fleurs du Mal”, on découvre la Beauté dans la Laideur et que cela reste une tradition française. Frédérique demande à Ingrid à quoi “servent” les grains de beauté? Ingrid a en effet photographié des grains de beauté qui sont imprimés sur plusieurs paquets de Post-it et elle invite les visiteurs à participer à la contamination des murs du corridor en les collant partout où ils le veulent. Elle veut en observer l’évolution tout au long de l’exposition. Wilma trouve le terme contamination trop négatif, c’est comme une maladie qui se développerait. Tout le monde cherche alors un synonyme “positif”. Eric Nunes pense plutôt à une invasion, une supersposition, une appropriation de l’espace. Pour Ingrid, c’est parce qu’ils sont isolés du reste du corps que ces grains de beauté peuvent susciter un dégoût chez les spectateurs ou leur apparaitre comme laid. Son but n’est pas de produire du laid mais de provoquer des sensations nouvelles par rapport à cette présence matérielle et intime du corps, d’inciter le spectateur à la regarder autrement, mais également de s’intérroger sur sa perception. Elle ne cherche pas à idéaliser le corps mais à mettre en scène sa matérialité.
Wilma se demande où Ingrid nous emmène, vers quel voyage excitant, dans ce lieu clos aux portes fermées! Ah les portes fascinantes! Ouvertes pour Frédérique et Jean-Marie : pour éclairer, pour sortir tout simplement, pouvoir fuir cet endroit effayant? Pour Ingrid, comme pour d’autres, les portes sont fermées: la lumière, l’échange, la vie vient du dedans. Dedans, dehors? De chaque côté de la peau… Les images d ’Ingrid proposent un espace volontairement clos afin d’insister sur cette confrontation avec l’épiderme.
L’Errance d’Ingrid c’est d abord une déambulation sans but précis à travers son installation, parmi les photos de la série Lieux IV, parmi la contamination des grains de beauté de sa Constellation et à cela s’ajoute aussi une errance visuelle à travers ses livres, ses images, ses textures.

Encore merci à tous les participants de leur présence à ce salon particulier au cours duquel le menu s’est lui aussi permis une errance gastronomique : velouté de potiron, chili mexicain, fromages hollandais, strudel-crème chantilly, du vin français et pour digérer tout cela, un verre de Bols!…

Par Serge Sadocco.